09/12/2014

L’homme politique emprunte chaque jour un peu plus les métaphores de l’économiste.

Les économistes, pour affirmer leur emprise et éteindre tout débat, ont cru possible de se détacher entièrement de la politique et du droit. Ils ont prétendu pouvoir construire une physique sociale, hors de tout lien avec le réel. Ils n’ont fait que transformer l’économie en une religion moderne, avec son Paradis et son Enfer, ses prêtres et son Inquisition. 
Mais le réel a fini par les rattraper.


Ils ont bricolé un mélange entre certaines hypothèses réalistes et des éléments de leur monde imaginaire et sont revenus vers la politique et le droit, qu’ils ont voulu réinvestir de leurs croyances. 

C’est ici qu’ils se sont transformés en chantres de tout ce qui peut limiter l’exercice de la démocratie, priver la souveraineté populaire de sens et de contenu. 
Pour autant, leur discours n’a pas gagné en efficacité. 
La politique économique menée par ceux que l’on nomme les économistes continue, année après année, à engendrer crises, faillites et autres désastres. 
L’homme politique emprunte chaque jour un peu plus les métaphores de l’économiste. Il cherche donc des solutions  efficientes, il maximise, il optimise. Ce faisant, il tourne le dos à la politique.


Le paradoxe est étonnant. On le doit aux économistes du courant dominant. Ils ont construit un véritable discours de l’antipolitique, qui réduit l’action à un simple protocole compassionnel.
Ce discours cependant ne fait que refléter ce qu’il y a de plus dogmatique dans la pensée économique. Il en révèle progressivement le non-dit en matière d’ordre social et politique. 
Voici donc le coeur  du problème…


Face à l’avenir incertain, les gouvernements doivent utiliser le protectionnisme afin de garanti la pérennité de leur capacité à décider demain. Le degré nécessaire est celui qui évite une irréversibilité industrielle ou technique. 
Cela implique que l’on doit maintenir un degré de protectionnisme même si dans l’instant le libre-échange serait préférable justement parce qu’il est impossible de prévoir entièrement ce que sera l’instant suivant. 
La combinaison nécessaire du protectionnisme et l’initiative d’Etat a d’ailleurs été établie par un des plus grands spécialistes de l’histoire économique, Alexandre Gerschenkron.


Il ne faut pas confondre protectionnisme et autarcie comme le font souvent à dessein les thuriféraires du libre-échange !
Les discours de la globalisation expriment la dépolitisation des choix économiques. Les institutions démocratiques sont dépossédées de leur capacité à légiférer, réglementer ou normer, au nom d’un principe de compétence réputé supérieur à la démocratie. 
Cette dépossession repose sur les représentations d’une impuissance des institutions démocratiques face aux forces du marché. 
Ce dernier, alors entièrement fétichisé, perd son statut d’institution humaine pour s’affirmer comme une forme quasi divine aux arrêts sans appel. Ce faisant, les économistes nous proposent aussi une vision du droit. 


On assiste à la fétichisation des manifestations de l’économie. Elle va de concert avec une réification des acteurs. L’espace de la discussion publique ne peut plus, dès lors, que s’organiser autour de deux pôles. Le premier, technique, est dévolu aux experts ; c’est celui de l’exégèse des lois naturelles de l’économie. 
Le second est éthique ; c’est celui de la compassion que l’on éprouve face aux conséquences de ces lois. 
Cette double polarité signe la fin de la politique. 
Je ne reproche pas aux économistes de tenir un discours politique, mais de le faire sans en avoir conscience et sans en assumer les conséquences. 


L’économie dominante issue du syncrétisme néolibéral propose une vision de l’organisation sociale irréaliste et profondément antidémocratique. Elle est incapable de comprendre la centralité du problème de la coordination dans toute intelligence des activités économiques. 
C’est pourtant ce problème qui permet de penser l’enchâssement de l’économie dans la politique et le droit. Le fait que les économistes du courant dominant soient obligés de tenir, parfois à leur insu et souvent à leur corps défendant, un discours sur l’organisation politique des sociétés et sur le droit est bien l’ultime démonstration que cet enchâssement est une réalité qui existe quand bien même on serait dans l’incapacité conceptuelle de se la représenter.


Politiquement, la globalisation financière rend impossible le contrôle démocratique, dont elle contourne en permanence les espaces et les temporalités. Elle porte aussi en elle une criminalisation progressive de l’économie mondiale.

 

"Les économistes n’aiment pas la démocratie".

Commentaires

Dites Monsieur Schwarz, avez-vous le sentiment d'être compris en règle générale ? En vous lisant j'ai l'impression que vous vous parlez à vous même pour tenter de mettre de l'ordre dans votre tête.
Il ne serait pas plus simple de dire que le politique est inféodé à l'économie. Ou plus simple, que le fric dirige le monde. Parce que franchement, au bout d'un si long article on en apprend pas plus. Heureusement que d'habitude vous faites court.
"Le fait que les économistes du courant dominant soient obligés de tenir, parfois à leur insu et souvent à leur corps défendant, un discours sur l’organisation politique des sociétés et sur le droit est bien l’ultime démonstration que cet enchâssement est une réalité qui existe quand bien même on serait dans l’incapacité conceptuelle de se la représenter."
Mais alors qu'essayez-vous de faire en nous abreuvant de votre science ?

Écrit par : Pierre Jenni | 09/12/2014

Monsieur Jenni,
vous avez sans doute raison, j'aime bien mettre de l'ordre dans ma tête de temps en temps.
Et je ne cherche pas à être compris par tous, mais lu. Merci de me lire parfois.
C'est vrai parfois de fait plus court... Désolé de mettre un "lâché" cette fois.
Joyeuse journée à vous.

P.S. Je profite de votre intervention, car j'aimerais connaitre le nombre de courses qu'un chauffeur de taxi réalise par jour.
D'avance merci

Écrit par : Charly Schwarz | 09/12/2014

Si la globalisation financière porte en elle une "criminalisation progressive de l'économie mondiale" que faut-il faire pour provoquer une "décriminalisation progressive de l'économie mondiale?

Y a-t-il quelque chose à faire: si oui "quoi" et par "qui"?

Comment accepter de rester les bras ballants (...) comme si nous ne savions pas?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/12/2014

Entre 10 et 20 courses d'une moyenne de 20.-

Écrit par : Pierre Jenni | 12/12/2014

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